Déclarer mes revenus prop firms : Guide fiscal 2025
Le prop trading attire de plus en plus de traders qui cherchent à générer des revenus en utilisant le capital des prop firms plutôt que leurs propres fonds.
Mais derrière les challenges, les payouts et les comptes financés, une question cruciale se pose :
Comment déclarer légalement mes revenus de prop firms en France ?
Beaucoup de traders pensent (à tort) qu'il s'agit de simples plus-values de trading imposées à la Flat Tax. En réalité, la fiscalité des revenus provenant des prop firms obéit à une logique différente.
Ce guide fiscal 2025 vous explique, étape par étape :
- comment sont juridiquement qualifiés ces revenus,
- quel statut adopter (occasionnel, micro-entreprise, société…),
- comment fonctionne la TVA,
- quelles déclarations remplir (2042 C-PRO, 2035, 3916…),
- et quels sont les risques si vous ne déclarez rien.
1. Comment sont qualifiés vos gains prop firms ?
👉 Des prestations de services, pas des plus-values
Première idée reçue à corriger :
Les payouts versés par une prop firm ne sont pas des plus-values de trading classiques au sens du droit fiscal français.
Conséquence directe :
➡️ La Flat Tax (PFU à 30 %) utilisée pour les plus-values mobilières ne s'applique pas à ce type de revenus.
Pourquoi ce ne sont pas des plus-values mobilières ?
Dans la plupart des modèles de prop firms, le trader :
- ne détient aucune position sur un compte-titres à son nom,
- n'est pas propriétaire des fonds,
- n'est rémunéré que lorsque la prop firm valide sa performance selon ses propres règles,
- ne réalise donc aucune plus-value au sens juridique sur son propre patrimoine,
- et souvent, il trade sur un compte de démonstration dont les ordres peuvent (ou non) être répliqués par la prop firm sur un compte réel.
En clair :
Vous n'achetez pas et ne revendez pas un actif qui vous appartient.
Vous êtes rémunéré pour avoir rendu un service de trading.
La catégorie fiscale applicable : les BNC
Fiscalement, ces revenus sont assimilés à une rémunération pour prestation de services.
En droit fiscal français, ils relèvent donc :
de la catégorie des Bénéfices Non Commerciaux (BNC).
Dès lors que l'activité est :
- exercée de manière régulière,
- et constitue une source de revenu significative,
elle est considérée comme une activité professionnelle non salariée, qui doit être déclarée.
2. L'obligation de statut… et le risque d'activité occulte
Recevoir des virements de prop firms directement sur votre compte personnel, sans structure déclarée, n'est pas neutre.
- Pour l'administration fiscale, cela s'apparente à une activité professionnelle non déclarée.
- Pour certaines prop firms, un statut officiel est même requis pour émettre des factures.
Le risque d'"activité occulte"
L'administration dispose d'un arsenal spécifique pour les activités non déclarées, qualifiées d'activité occulte :
- Délai de reprise : jusqu'à 10 ans de rétroactivité (au lieu de 3 ans en régime normal).
- Pénalité : majoration de 80 % de l'impôt dû, en plus des intérêts de retard.
Autrement dit : si vous encaissez des payouts pendant plusieurs années sans rien déclarer, le réveil peut être extrêmement douloureux.
💡 Recommandation pratique
Il est fortement conseillé de se structurer :
- dès le premier payout,
- voire dès la validation de votre challenge, si vous avez l'intention de poursuivre l'activité.
3. Quel statut choisir pour vos revenus de prop trading ?
Le choix du statut dépend de deux grandes variables :
- le niveau de revenus généré,
- et la régularité de l'activité.
A. Cas 1 – Revenus faibles et occasionnels : BNC sans entreprise
Si vous encaissez :
- des montants faibles (par exemple moins de 5 000 à 10 000 € par an),
- de façon irrégulière,
- et que vous avez déjà une autre activité principale (salariat, entreprise, etc.),
vous pouvez, en théorie, déclarer vos revenus directement en BNC dans votre déclaration d'impôt sur le revenu, sans créer de structure.
Avantage : aucune formalité de création d'entreprise.
Régime : application d'un abattement forfaitaire de 34 % avant imposition.
Limites :
- impossible de déduire vos frais réels (frais de challenges, matériel, logiciels, formations…),
- risque de requalification si l'activité devient régulière ou importante.
B. Cas 2 – Activité régulière : Micro-entreprise (auto-entrepreneur)
Dès que l'activité devient récurrente, la micro-entreprise (micro-BNC) est souvent la solution la plus simple pour se mettre en règle.
Plafond de chiffre d'affaires annuel : 77 700 € (prestations de services BNC).
Imposition et cotisations
Cotisations sociales
Environ 22–24,6 % du chiffre d'affaires brut.
Impôt sur le revenu
Deux possibilités :
Régime classique
- Déclaration des recettes brutes,
- Application automatique d'un abattement de 34 %,
- Imposition au barème progressif.
Option pour le versement libératoire
- Si vos revenus N-2 le permettent,
- Vous payez en plus des cotisations une prélèvement de 2,2 % du CA au titre de l'IR, au fil de l'eau.
❗ Inconvénient clé
La micro-entreprise ne permet pas de déduire vos frais réels (frais de challenges, abonnements plateformes, matériel informatique, coaching, etc.).
Au-delà d'un certain niveau de dépenses, un régime au réel devient plus intéressant.
C. Cas 3 – Revenus élevés ou optimisation : EI au réel, EURL, SASU
Si :
- vos recettes dépassent le plafond de la micro-entreprise,
- ou que vos frais (challenges, formation, matériel, logiciels) sont élevés,
- ou que vous souhaitez optimiser votre fiscalité,
il peut être pertinent de passer :
- soit en Entreprise Individuelle (BNC au réel),
- soit en société (EURL ou SASU).
1. EI au réel (BNC réel)
- Pas de plafond de CA,
- Imposition à l'Impôt sur le Revenu,
- Déduction des frais réels (très utile si vous avez beaucoup de charges).
2. EURL
- Société unipersonnelle à responsabilité limitée,
- Imposition à l'IS (ou option possible à l'IR dans certains cas),
- Taux d'IS :
- 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice,
- puis 25 % au-delà,
- Possibilité de se verser un salaire + dividendes,
- Responsabilité limitée au capital social.
3. SASU
- Société par actions simplifiée unipersonnelle,
- Imposition à l'IS par défaut,
- Taux identiques : 15 % puis 25 %,
- Dividendes soumis à la Flat Tax (PFU 30 %),
- Président assimilé salarié (protection sociale type salarié, mais coût plus élevé),
- Grande flexibilité juridique.
✅ Avantage commun des sociétés (EURL/SASU)
Vous pouvez :
- déduire la plupart des frais professionnels (comptabilité, logiciels, matériel, challenges, déplacements, formations, etc.),
- optimiser le couple rémunération / dividendes et donc la charge fiscale globale.
4. TVA, facturation et dimension internationale
TVA : un sujet souvent mal compris
Votre activité avec une prop firm est une prestation de services B2B :
- Vous êtes établi en France,
- Votre client (la prop firm) est un professionnel (Europe ou hors UE).
Dans ce cas :
- Vous n'appliquez pas de TVA française sur vos factures à la prop firm,
- Même si vous dépassez le seuil de franchise de TVA, vous n'allez pas "facturer 20 % en plus" à la prop firm,
- La TVA est auto-liquidée par le client dans son pays, le cas échéant.
👉 Résultat :
Le fait que la prop firm soit basée en Europe (UE) ou hors Europe (US, Dubaï…) n'a, en pratique, aucune incidence sur la TVA collectée en France pour vous.
Facturation
Même sans TVA :
- Vous devez être en mesure d'émettre des factures,
- Avec votre numéro de TVA intracommunautaire dès lors que vous êtes assujetti,
- Et mentionner les mentions obligatoires (nature de la prestation, montant, date, client, etc.).
Comptes étrangers, néobanques et crypto
Si vos payouts sont versés :
- sur des comptes étrangers (néobanques type N26, Revolut, banques hors France),
- ou sur des plateformes crypto (USDC, USDT, etc.),
vous devez les déclarer à l'administration française.
- Formulaire : 3916 / 3916-bis,
- À remplir pour chaque compte ou compte d'actifs numériques ouvert, détenu ou utilisé à l'étranger.
Si vous êtes payé en crypto :
- le montant imposable correspond à la valeur en euros au jour de la réception,
- ce montant constitue un revenu professionnel,
- la spéculation ultérieure (hausse/baisse de la crypto) suit un autre régime (plus-values d'actifs numériques).
5. Déclaration 2025 des revenus 2024 : quelles cases remplir ?
En pratique, la déclaration se fait :
- via votre espace particulier sur impots.gouv.fr,
- en remplissant votre formulaire 2042,
- et surtout l'annexe 2042 C-PRO (Cerfa 11222) pour les revenus BNC.
Comment remplir la 2042 C-PRO ?
❗ Important
Vous ne devez pas utiliser les cases 5HY / 5IY ("Revenus à imposer aux prélèvements sociaux") pour cette activité, car vos cotisations sociales sont gérées :
- soit par l'Urssaf (micro-entreprise),
- soit dans un cadre spécifique pour les BNC au réel.
Dates limites de déclaration en ligne (revenus 2024 → déclaration 2025)
Les dates précises sont publiées chaque année, mais à titre indicatif :
(Vérifiez toujours les dates actualisées sur impots.gouv.fr au moment de déclarer.)
Conclusion : mieux vaut être carré dès le premier euro
L'activité avec une prop firm est, fiscalement, une prestation de services BNC, pas du "simple trading particulier".
Elle nécessite donc :
- un statut adapté (occasionnel, micro, EI réel, EURL, SASU…),
- une déclaration correcte (2042 C-PRO, 2035, 3916/3916-bis),
- et une prise en compte des cotisations sociales.
Se lancer dans le prop trading sans statut, c'est un peu comme conduire une voiture de course sans immatriculation :
tant que vous restez sur le circuit (pas de payouts), personne ne dit rien.
Mais dès que vous roulez sur la voie publique (premier versement, premières traces bancaires), le contrôle est possible, et les pénalités (jusqu'à 80 %) peuvent ruiner votre course.
Le plus sage est donc de :
- se structurer dès le départ,
- garder une traçabilité de vos comptes (France, étranger, crypto),
- et, idéalement, consulter un expert-comptable ou un fiscaliste pour adapter le schéma à votre situation personnelle.
⚠️ Avertissement
Les informations de ce guide sont fournies à titre informatif et pédagogique.
Elles ne constituent pas un conseil fiscal personnalisé.
La fiscalité dépend de votre situation individuelle (revenus, patrimoine, pays de résidence, statut, etc.).
➡️ Il est fortement recommandé de consulter un expert-comptable ou un avocat fiscaliste avant de prendre une décision structurante (choix de statut, passage en société, optimisation fiscale, etc.).


